Les saisies de cannabis au port de Rotterdam ont bondi de 14 492 kilogrammes en 2024 à 65 532 kilogrammes en 2025, une augmentation de 350% qui a surpris les douaniers néerlandais. Dans le même temps, les saisies de cocaïne au port ont chuté de 38 000 kilogrammes à 24 500 kilogrammes. Pour la première fois, le cannabis rivalise avec la cocaïne en tant que drogue la plus trafiquée par le plus grand port maritime d'Europe.
Le changement a d'abord été signalé par le journal néerlandais Algemeen Dagblad, qui cite des sources criminelles et des enquêteurs décrivant un changement fondamental dans l'économie du trafic de drogue. Avec les prix de gros de la cocaïne qui ont diminué de moitié au cours des 18 derniers mois, passant d'environ 28 000 euros par kilogramme à 14 000 euros, les réseaux criminels se sont tournés vers le cannabis comme alternative moins risquée et presque aussi rentable.
La source principale de cette vague est le Canada. Depuis la légalisation du cannabis récréatif en 2018, le Canada a développé une énorme capacité de production qui dépasse largement la demande intérieure. L'industrie légale du cannabis du pays, maintenant évaluée à environ 3 milliards d'euros par an, produit des centaines de tonnes de plus qu'elle ne peut en vendre sur le marché intérieur. Bien que les exportations soient officiellement interdites et que les stocks excédentaires soient censés être détruits, les enquêteurs néerlandais affirment que cette règle n'est pas toujours respectée.
L'économie du trafic de cannabis
Les marges bénéficiaires sont frappantes. Le cannabis canadien peut être acheté entre 800 et 1 200 euros par kilogramme et vendu en Europe environ 4 000 euros. Les trafiquants expédiant vers le Royaume-Uni ou la Turquie peuvent en gagner le double. Comparé à la cocaïne, les peines pour trafic de cannabis sont beaucoup plus légères, ce qui en fait une opération nettement moins risquée pour les réseaux criminels.
Peter van Buijtenen, directeur régional des douanes à Rotterdam, a décrit la surprise parmi les responsables. Les douanes néerlandaises s'étaient longtemps concentrées sur l'interception de cocaïne, pas de cannabis. Les Pays-Bas ont historiquement été un grand producteur de cannabis, rendant les importations à grande échelle inattendues. Pourtant, des conteneurs d'expédition en provenance du Canada ont commencé à arriver remplis de milliers de kilogrammes de cannabis, avec des saisies individuelles atteignant 4 600, 5 800 et 6 900 kilogrammes chacune.
Le Canada contre-attaque
Le trafic n'échappe pas à l'attention du côté canadien. En janvier et février 2026 uniquement, l'Agence des services frontaliers du Canada (ASFC) a saisi plus de 1 066 kilogrammes de cannabis aux aéroports et installations d'expédition de la région du Grand Toronto. Des envois ont été interceptés destinés au Royaume-Uni, à l'Allemagne et aux Pays-Bas.
Dans un cas, 224 kilogrammes de cannabis ont été trouvés dans un envoi commercial destiné à l'Allemagne. Dans un autre, 72 kilogrammes ont été saisis d'un seul passager à l'aéroport international Toronto Pearson destiné au Royaume-Uni. Les autorités canadiennes ont signalé avoir saisi plus de 46 608 kilogrammes de cannabis illégal en 2025, soulignant l'ampleur du problème aux deux extrémités de la chaîne d'approvisionnement.
La route du trafic existe depuis près d'une décennie, selon les sources citées par les médias néerlandais, mais s'est développée rapidement après la légalisation de 2018 au Canada qui a créé une surproduction massive. Du cannabis en provenance de Thaïlande et des États-Unis a également été intercepté à Rotterdam, bien que les envois canadiens dominent les volumes saisis.
Pourquoi cela compte pour les Pays-Bas
L'augmentation du trafic de cannabis met en évidence un paradoxe au cœur de la politique néerlandaise en matière de drogue. Les Pays-Bas ont toléré les ventes de cannabis par les cafés pendant des décennies, mais la production et l'approvisionnement à grande échelle sont restés illégaux. Ce "problème de porte de derrière", où la porte d'entrée du café est légale mais la porte de derrière par laquelle le cannabis entre ne l'est pas, a longtemps été critiqué comme subventionnant effectivement le crime organisé.
Le wietexperiment néerlandais, l'expérience de chaîne d'approvisionnement de cannabis contrôlée qui se déroule dans 10 communes, est spécifiquement conçu pour fermer cette lacune. En accordant des licences à des producteurs légaux pour approvisionner les cafés en cannabis régulé et contrôlé en qualité, l'expérience vise à prouver qu'une chaîne d'approvisionnement légale peut remplacer les réseaux criminels. La phase expérimentale du programme a officiellement lancé en avril 2025, avec 10 producteurs autorisés approvisionnant maintenant les 72 cafés dans les villes participantes.
Les chiffres du trafic à Rotterdam rendent le cas du wietexperiment plus urgent que jamais. Quand les chaînes d'approvisionnement légales n'existent pas, les réseaux criminels comblent le vide, et l'échelle à laquelle ils opèrent augmente rapidement. La question de savoir si le gouvernement néerlandais élargira l'expérience pour couvrir tout le pays reste une question politique, avec une première évaluation significative des résultats attendue à la mi-2026.
Pour l'instant, les chiffres parlent d'eux-mêmes. Une augmentation de 350% des saisies de cannabis au plus grand port d'Europe, entraînée par une surproduction d'un marché légal à 5 000 kilomètres de distance, est un signal clair que le système actuel de ventes tolérées sans production légale n'est plus durable.
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